La fin des travaux et le départ de Tanahberu

La presse en parle !

12 Mar 2019 | Actualités

IMMERSION :

Cap sur l’Asie du sud-est ! Henri Eskenazi, photographe et plongeur sous-marin passionné, auteur de nombreux livres, conférences et reportages internationaux nous invite en Indonésie, et plus précisément en Papouasie occidentale, à la découverte de l’archipel des Rajat Ampat, composé de 1 500 îles à la biodiversité exceptionnelle. Situées au coeur du « Triangle de corail », à l’endroit où les eaux des océans Pacique et Indien se rencontrent, les Rajat Ampat sont une destination fascinante pour les amoureux de la nature et les amateurs de plongée sous-marine. Embarquement pour une croisière originale…

20 FEVRIER 2019

Loin de la froidure de l’hiver européen, Jakaré, un superbe bateau d’une trentaine de mètres, nous attend sagement ancré au milieu de la baie juste en face de Sorong. C’est une goélette toute en teck et bois de fer, construite récemment, aussi confortable qu’agréable à l’œil. Notre première nuit à Yanbuba, entourés d’îles verdoyantes et de plages désertes typiques des Raja Ampat – « les quatre Rois » – est méritée après un long périple pour atteindre cette destination. Ainsi nous sommes prêts pour notre première plongée d’une heure. Devant le village, dans quinze mètres d’eau, la vie est foisonnante avec en particulier, au bout de dix minutes, la rencontre de l’étrange requin-tapis ( il porte bien son nom ! ) ou Wobbegong, sous une grande table de corail. Notre croisière commence bien… Le ciel déjà un peu menaçant, nous offre maintenant un orage particulièrement intense mais qui ne dure que quelques minutes. Juste assez pour nous faire encore plus apprécier la blancheur éblouissante du sable et la transparence de l’eau, avec une visibilité de vingt mètres, laissant apparaître les innombrables coraux… Ne plus penser à rien sauf à l’essentiel, car il est des croisières qui nous grandissent l’esprit…Nul doute, celle sur Jakaré en fait désormais partie.  Cap au Nord-ouest. A la proue, les dauphins nous accompagnent.

A Cape Kri, nous nous laissons entraîner par un léger courant qui force en fin de plongée plus près de la surface. En chemin, plusieurs requins gris, pointes noires et pointes blanches accompagnent notre route. Les tortues ne sont pas en reste de nos éclairs de flash qui semblent ne point les importuner, bien au contraire. L’une d’entre elles ne se gêne pas pour littéralement labourer les alcyonaires. Un gros Napoléon et une raie Manta passent dans le bleu… Au final, une loche de presque deux mètres se laisse nettoyer par une dizaine de petits poissons coopérants. Il y a aussi les Platax en bancs, les trois espèces différentes de poissons-clowns dans la même anémone plus toute la vie animale de la Papouasie qui s’ébat entre coraux et gorgones. Un coucher de soleil nous laisse sans voix, perdus dans le silence environnant. Place alors à l’émotion… Navigation de nuit pour arriver à cent miles au Nord-ouest de Sorong dans l’archipel magique de Wayag, avec toujours cet immense plaisir de franchir la ligne équatoriale en comptant les étoiles et en suivant des  yeux la lune qui s’élève. Réveil au beau milieu d’immenses rochers volcaniques où mille palmiers surplombent la mer turquoise. Parfois une plage de sable immaculé vient troubler ma vision. Paisible est l’instant. Dix requins flirtent toute la journée avec la goélette. Un nasi goreng (riz local agrémenté de légumes et autres bonnes choses) au petit déjeuner à six heures et nous sommes en forme pour l’ascension assez vertigineuse du mont Pindito à travers la forêt luxuriante poussant sur les scories.

Là- haut, nous sommes récompensés par la vue sublime sur tout l’archipel caractéristique de cette région de la Papouasie. Photos sans compter. Le sourire aux lèvres de satisfaction, nous rentrons vers Jakaré pour notre première des quatre plongées quotidiennes au Nitrox à Pinacle Ridge. A peine mis à l’eau, une raie manta s’enfuie dans le bleu. Sur le sable, une tortue peu farouche et quelques requins batifolent. Plus tard sur Secret Garden, nous sommes honorés par la présence de quatre énormes raies mantas qui vont et viennent dans une passe sablonneuse, plus une autre raie mobula en surface. L’une d’elles doit friser les cinq mètres, une autre est toute noire. Un requin-tapis, surpris par mes compagnons de plongée, vient se blottir littéralement sous mon corps. Peu farouche le bougre ! Notre journée se termine on ne peut plus paisiblement par une balade à travers les nombreux îlots de Wayag où quelques requins pointes noires et pointes blanches se promènent. J’en compte une bonne douzaine. Certains d’entre eux décident même de faire des bonds totalement hors de l’eau. C’est la première fois que j’ai l’occasion d’observer une telle scène. On en apprend tous les jours…

Le top de mes plongées se trouve à Black Rock et Eagle Rock, à l’ouest de l’île de Kawé. Il me semble difficile dans ces lignes de décrire la richesse de la vie que je rencontre ici, avec une multitude de couleurs dans une eau à 30°C, sans courant et par moins de vingt mètres de profondeur. Je cite au hasard les raies mantas, les raies pastenagues, les barracudas, les perroquets à bosse sans oublier les immenses bancs de poissons et les nombreux nudibranches parmi les très nombreux coraux ou éponges. Ici, un descriptif détaillé ou exhaustif me semble aussi inutile qu’impossible… Les plongées nocturnes sous les jetées des îles Aljui et Sapokren nous réservent également toutes les surprises attendues ou presque avec en prime un requin-tapis adulte et, à côté, un juvénile blotti dans une anémone. Une dizaine de crabes photogéniques sur des alcyonaires blanc et rouge. Des nudibranches, des crevettes, des vers, plein d’autres minuscules créatures mystérieuses et les yeux des poissons hébétés. Au sortir de l’eau, des millions d’étoiles et le calme de la nuit. Deux aigles pêcheurs survolent Jakaré alors que nous appareillons vers l’île de Wofoh au Sud et que nous laissons au loin le village de pêcheurs avec sa ferme perlière. Des frégates suivent notre bateau durant de longues minutes. Autre spectacle inoubliable. Les deux plongées, très différentes, autour de l’île, le mur et la pente de sable nous comblent avec ces carangues en chasse, ce superbe poulpe à la robe rouge, cette squille mante active et curieuse puis toutes ces crevettes aux formes et couleurs aussi folles les unes que les autres. Stop et photos du haut du mât avec vue imprenable sur les cocotiers de l’île de Wofoh, suivi d’une balade en kayak puis en PMT et enfin vient se coucher le soleil. Voilà donc le programme de cette magnifique journée, la tête ailleurs et pourtant encore sur terre.  Mais au bout du bout du monde !

Descente vers l’île Piaynemo et le Kermo channel où un léger courant nous permet de côtoyer longuement un grand banc de perroquets à bosse broutant le corail. Paix au fond et paix en surface avec un must à Melissa’s Garden où une dizaine de requins pointes noires nous attendent à quinze mètres de profondeur. Ils effectuent un véritable ballet au milieu de milliers de poissons dont certains seront certainement leurs futurs repas. La variété des coraux et la diversité des poissons sont assez extraordinaires. La chaine alimentaire semble ici parfaitement respectée, sans déséquilibre, du plus petit aux plus grands prédateurs. Un nième requin-tapis, amorphe au possible, se vautre sur une table de corail. Macrophotographie des tâches sur sa peau et il ne bouge toujours pas ! Une seule palanquée rencontrée sous l’eau et un seul bateau de plongée croisé lors de cette croisière. Incroyable. Par contre, à chaque mouillage, les requins tournent régulièrement autour de Jakaré, ce qui agrémente notablement nos promenades aquatiques entre deux immersions. Balade ensuite, pour se dégourdir les jambes, au sommet de l’île Piaynemo afin d’admirer les multiples îlots dans un ancien cratère volcanique effondré, en tentant d’apercevoir les cacatoès ou les oiseaux du paradis. Le taux d’humidité avoisine les 100% mais il n’y a personne et le point de vue est magique à 13 539km de la France (c’est peint sur un panneau de bois !), avec pas ou peu de réseau internet…

Jakaré mouille à l’abri de l’île Yanggefo. Au loin, un orage illumine le ciel de la nuit, signé par quelques étoiles lantes. A Manta Sandy, comme prévu et après quelques minutes d’attente, trois superbes raies mantas, de taille conséquente, viennent nous saluer les unes après les autres dans une eau un peu chargée. Une grosse tortue arrive en n de plongée. Autour des îles Frewen et Miokson, les plongées sont également assez extraordinaires avec, en particulier, deux beaux poissons crocodiles au milieu d’un jardin de couleurs. Blue Magic mérite bien son nom : chasse de carangues, bancs de barracudas et fusiliers, thons et raies mantas sont au rendez-vous. C’est la vie sous- marine comme on la souhaite, variée et active. Un must de notre vingtaine de plongées aux Raja Ampat. Un moment particulièrement exceptionnel de cette croisière en Papouasie reste aussi le barbecue en chantant des chants traditionnels Papous avec l’équipage de Jakaré et les habitants du village, tout en regardant les enfants jouer dans les arbres et les vaguelettes, le nez aux étoiles. Instant privilège. Ensuite, écouter le silence, comme un écho à la multitude et la promesse du souvenir de moments inoubliables. Pas une question. Elles n’ont ici plus de sens.   ■

TEXTE & PHOTOS HENRI ESKENAZI WWW.HENRIESKENAZI.COM